Un étrange parti s’immisça dans les élections législatives: le Parti du vote blanc, représenté par vingt-sept candidats. Score national : 0,44%. Le vote blanc n’est pourtant pas anecdotique – gage de démocratie pour les uns, il se révèle être un danger pour les autres.
….. « La France ne sera pas une vraie démocratie tant que ne sera pas reconnu le droit de ne pas être d’accord «
Devenir le troisième homme
…..Une plus grande reconnaissance du vote blanc aurait pourtant des avantages. En termes d’abstention tout d’abord. Car ce n’est pas nécessairement un manque d’intérêt pour le processus démocratique qui motive les comportements abstentionnistes, mais il arrive souvent qu’aucun candidat ne leur convienne ou qu’ils soient en désaccord avec l’ensemble du système politique. « 20% des abstentionnistes pourrait voter blanc si on le leur proposait », estime Stéphane Guyot.
Autre argument avancé : une plus grande reconnaissance du vote blanc permettrait de faire baisser le score des extrêmes. » Les électeurs se trompent s’ils pensent que voter pour le Front National, c’est voter contre les autres « , affirme le président du PVB.
…..Stéphane Guyot crut donc en ses chances de devenir le troisième homme. La situation aurait pu jouer en sa faveur avec les difficultés connue du MoDem. Le militant avait aussi quelques chiffres à mettre sur la table : un sondage réalisé pour l’Express en novembre 2011 affirme que 43% des électeurs ne voulaient voir ni François Hollande, ni Nicolas Sarkozy prendre les rennes du pouvoir. Mais ce n’est qu’un sondage et le vote blanc connait aussi ses détracteurs.
Scrutin invalidé
…..Le principal argument brandi contre le vote blanc est qu’il ne servirait finalement pas la démocratie du fait d’un risque de blocage institutionnel. En effet, que faire si le vote blanc obtient la majorité des suffrages ? Le PVB a prévu cette possibilité dans une proposition de loi : le scrutin serait invalidé et les élections réorganisées avec de nouveaux candidats et de nouveaux programmes. En espérant cette fois mieux convaincre les électeurs.
…..Lors d’un débat à l’Assemblée nationale en 2003, Jean-François Copé expliquait son opposition à la reconnaissance du vote blanc. » Il suffirait que votent blanc les électeurs d’un candidat éliminé à l’issue du premier tour. Sur la base d’une consigne de vote, on se trouverait donc dans cette situation ubuesque où aucun des deux adversaires ne pourrait être proclamé élu « , expose celui qui était alors porte-parole du gouvernement Fillon.
…..S’il existe des possibilités de s’extirper d’une telle situation, les politiques ont d’autres raisons de refuser le vote blanc. Un score trop élevé affaiblirait leur légitimité s’ils étaient tout de même élus. Pascal Clément, alors président de la Commission des lois, l’affirmait lors du même débat à l’Assemblée Nationale. » Il est indéniable que vouloir prendre en compte les votes blancs dans la détermination des suffrages exprimés aura pour conséquence, ce qui est tout de même paradoxal, de décrédibiliser politiquement l’élu « , avance le député. Un argument déjà évoqué à propos de l’abstention.
…..Le débat sur le vote blanc revient régulièrement à l’occasion des élections et des dizaines de propositions de lois ont été déposées à l’Assemblée Nationale sans être suivies d’effets. La dernière tentative est celle de François Sauvadet, député UDI, qui fit examiner une proposition de loi le 22 novembre 2012. Un article du Monde pointe les raisons récurrentes qui ont fait avorter ce projet – ou presque, car le seul espoir restant tient au décompte symboliquement séparé et annexé du vote blanc.
…..Le chemin risque d’être long pour Stéphane Guyot… Il n’a pas obtenu les 500 signatures nécessaires pour une candidature à l’élection présidentielle, et ses résultats lors du scrutin législatif restent infimes. Mais il ne perd pas espoir. En Espagne où les Indignados sont très présents, l’équivalent du PVB a réussi à faire élire quatre de ses représentants aux municipales. Il existe aussi l’exemple de ces pays où le vote blanc est reconnu – loin, en Amérique latine, comme au Pérou et au Costa Rica.